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Pierre Vinclair – l'atelier en ligne
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    • Poétique du nichoir

      Patrice Maniglier, Jeanne Ételain et quelques membres de l’ancien comité de la revue Les Temps modernes, disparue en 2018, ont lancé Les Temps qui restent en avril 2024. Les TQR, qui fourmillent de points de vue, offrent des croquettes sur le réel tout en donnant à penser avec des outils originaux. Le numéro 2 qui vient de paraître comporte un dossier très intéressant s’essayant à rendre intelligible les Jeux Olympiques, tant d’un point de vue économique, que philosophique ou sociologique. Il compte aussi des variae, dont un très bel entretien avec Justine Huppe, et des chroniques — parmi lesquelles ma « poésie à problèmes », dont le deuxième épisode s’essaie à la construction d’un nichoir verbal : « Poétique du nichoir »

      28 juillet 2024

    • Qu’est-ce que tu fabriques ?

      Pour les besoins de la « note de synthèse » de mon HDR (en cours), j’ai dû mettre un peu d’ordre dans ma vie d’écriture, donc si vous voulez savoir ce que je fabrique depuis 2015 (date du commencement de la Méthode sauvage), eh bien en fait, c’est ça :

      Capture d’écran 2024-06-24 à 14.56.46

      L’ensemble se lit comme une enquête à la fois ontologique, éthique et poétique (mais pas politique, le livre No. 18 explique pourquoi) : Qu’est-ce qui existe ? Qu’est-ce qui compte ? Comment en rendre compte dans des poèmes, par quelles formes ? À qui en rendre compte ? La caractérisation générique se lit en colonne ; les titres en gras sont les maîtres-livres qui forment une double-tétralogie, poétique à gauche et théorique à droite ; les livres qui sont sur la même ligne se répondent (par exemple Bumboat est un long poème sur Singapour annoté par Claire Tching, autrice imaginaire du traité La Poésie française de Singapour).

      24 juin 2024

    • Tweets à un.e jeune poète

      Le deuxième volume de la tétralogie intitulée [Encadrements], dont L’Éducation géographique (Flammarion, 2022) était le premier tome, paraîtra au printemps 2025 sous le titre Œuvres liquides. C’est également un ensemble de 25 chants, tous de formes différentes ; ils tressent principalement trois brins : une enquête éthique (qu’est-ce qui compte ?), des portraits et la suite de « l’Amour du Rhône ». Je suis depuis quelques mois engagé dans la composition du 3ème volume de cette tétralogie, qui devrait être un livre des événements ; et pour me rafraîchir les idées après deux mois à penser à autre chose, j’ai remis le nez ce matin dans le fichier où j’entrepose, bouts d’e-mails et papiers collés, des archives à toutes fins utiles. J’y ai retrouvé cette série de messages publiés sur X le 28 novembre 2023, en somme des « Tweets à un.e jeune poète » :

      .

      Écris toujours de telle manière que l’échec de la vie publique du texte (impossibilité à publier, four commercial, etc.) n’atteigne pas l’intérêt pris à l’écrire. 

      *

      Ne considère jamais l’échec public de ton texte comme un échec, mais sa réussite publique comme un miracle.

      *

      N’imagine jamais que ton texte aura la moindre valeur « du fait qu’il est de la littérature ». Au contraire, il ne sera de la littérature que s’il a de la valeur. (La valeur littéraire réside ailleurs que dans l’imputation de littérature.)

      *

      Ne te demande jamais si tu écris « de la littérature ». Ne te demande jamais « si l’on peut écrire comme ça aujourd’hui ».

      *

      Tu n’as qu’une boussole et (pas de chance), c’est le bon sens. Plutôt que gnagnagni et gnagnagna, demande-toi plutôt si ton texte est intéressant.

      *

      Ton texte n’est pas intéressant si son message principal est « regarde comme je suis moderne ».

      *

      Ton texte n’est pas intéressant si les forces en présence savent immédiatement si tu es un ami ou un ennemi. 

      *

      Un texte intéressant est souverain. Son absence de lecteur vaut ni plus ni moins que le célibat de la personne la plus populaire du lycée : que les laiderons se roulent des pelles entre eux n’inquiète pas le texte intéressant. 

      *

      La publication n’est pas pour le texte intéressant une épreuve (qui le valide) mais une cérémonie : elle le force à se redresser, à se comporter avec gravité. Mais le texte intéressant pourrait aussi bien rester fumer des clopes dans les loges.

      *

      L’échec ou la réussite publiques ne disent rien de l’intérêt du texte. Ce n’est pas qu’ils peuvent se tromper ou non ; ils ne peuvent rien en dire comme ils ne peuvent rien dire de la couleur de mes chaussettes. 

      *

      Si tu as l’impression que tes textes ne sont pas reconnus à leur juste valeur, c’est qu’ils n’ont pas de valeur.

      .

      .

       

      11 juin 2024

    • Drôles d’oiseaux

      Au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, il y avait une exposition Surréalisme, le grand jeu. Je ne dirai rien de la salle du deuxième étage (qui propose des échos contemporains à la question surréaliste), je l’ai trouvée sans intérêt. Mais dans la première : beaucoup d’artistes et d’œuvres peu connues (dont une belle proportion de femmes), sur tous supports et modes d’expression, et un axe thématique — le jeu (l’exposition s’ouvre avec un échiquier fabriqué par Man Ray) — qui met bien le doigt, je trouve, sur le problème surréaliste (même si l’exposition, elle, ne le développe pas comme un problème). La valeur du surréalisme, en effet, tient au refus de l’esprit de sérieux. Or ce qui est désespérant avec le surréalisme, c’est justement l’esprit de sérieux : la subversion comme posture et comme pose, la complaisance rebelle, dogmatique et scolaire. À ce compte-là, j’aime autant les romantiques qui croyaient naïvement foncer pieds joints dans l’absolu. Ils sont ridicules et font honte, mais ils sont sympathiques, fragiles et généreux.

      En regardant avec attention les toiles de Mayo, les photographies de Pierre Molinier et les dessins d’Unica Zürn, je songe que quelque chose rôde dans le refus de l’esprit de sérieux, lorsque le jeu libère une place à la maladie, à l’étrange, aux dites forces de l’inconscient — à ce qui nous échappe et qui pourtant nous meut. Le surréalisme ouvre la composition à ce qui se passe entre les corps (qui les fait s’attirer et se repousser), et s’en sert de curseur pour aller voir au-delà, derrière. Il représente un monde de choses sans choses, qui tend à se constituer comme l’espace où circulent : le désir et la peur. Est-ce que ce n’est pas, pour atteindre par l’art quelque chose du réel, meilleure stratégie que le sans-objet de Malevitch ?

      En face du Musée cantonal, l’autre bâtiment, Photo Élysée, héberge (entre autres) une exposition Cindy Sherman. Je me souviens encore très bien de la rétrospective au Jeu de Paume (c’était il y a 18 ans déjà !) ; la façon qu’elle a de prêter son corps à des métamorphoses en série, pour un travail qui concerne non seulement tout sauf elle, mais qui aussi revient quand même finalement à elle mais sous la guise d’un malaise qui n’est pas de la névrose, me semble une sorte de modèle possible, indiquant la place que peut prendre, à l’intérieur du cadre, celui ou celle qui compose quelque chose. Cette nouvelle exposition présente des collages de parties de son visage d’abord photographiées sous différents angles, lumières et maquillages, puis recomposées en de nouveaux visages impossibles, légèrement monstrueux, qui sont à la fois son visage et tout autre chose que son visage. J’aimerais bien bricoler un poème sur le travail de Cindy Sherman, mais aucune idée concrète ne se présente à moi. J’écris tout de même ceci : « Confronter la composition à l’attendu d’une chose aussi simple, extérieure à l’histoire de l’art, qu’un visage ; faire de la photographie l’instrument qui éveille et en même temps renverse l’image attendue du visage, qui le convoque à la surface et le remercie (le renvoie) pour faire s’élever la fiction. »

      Je trouve chez Cindy Sherman ce qui m’intéresse chez les poètes — simplement, l’image est sans syntaxe. Comment sait-elle alors que telle ou telle est composée comme il faut ? Sans doute est-ce la comparaison de milliers de collages qui lui permet de sélectionner la cinquantaine qu’elle exposera au détriment du reste. Le geste de sélection remplace la syntaxe.

      Il y a un effet comique dans ces photos dont les personnages semblent s’excuser ; et comme, toquant à la mauvaise porte, on lance « Pardon je me suis trompé d’étage », ils ont l’air de passer leur gros visage à la fenêtre et dire « Oups ! Désolée ! Je me suis trompée de monde ! »

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      En m’attardant à la librairie du musée, je découvre un livre de Byung-Hun Min. Je n’ai jamais entendu parler de ce photographe coréen dont les images grises très saturées ou granuleuses (je ne connais pas le terme exact) sont peuplées de colonies d’oiseaux presque indistincts, réduits à des signes, des griffures ou des v, dans des zones marécageuses et des étangs raturés de joncs et de roseaux ; on croirait la Camargue. Les cadrages portent avec eux une pudeur, presque une honte : les oiseaux qui sont pourtant leurs uniques personnages vivent sur leurs marges, près des angles, comme s’ils étaient sur le point de voler hors de l’image. Me vient l’envie d’acheter ce livre pour écrire un poème prenant son élan à partir de chaque page — un texte prenant humblement acte de la distance qui nous sépare de ces êtres lointains et fuyants (dont on peut se sentir séparé comme par une vitre qu’incarne aussi la page du livre les donnant à voir en même temps), des ombres en sursis que je ne saurais ni reconnaître ni nommer, à l’exception d’un cygne en pleine page, bec dans les plumes. Je vois déjà se composer ce texte gigantesque sur la nature et la culture, les villes et les marais, les individus et les hordes, le poème et l’oiseau ; je le lirais au festival « Osez l’oiseau » où je suis invité fin août — mais je m’emballe, je m’emballe. Le livre est un peu cher, on verra dans trois jours si l’idée me taraude encore. J’irai alors voir ce qu’il y a à la bibliothèque. Et seulement s’il n’y a rien, si l’envie a grossi, alors je l’achèterai, j’essaierai.

      Sur l’autoroute, derrière mon volant, le poème commence pourtant à s’écrire. Une fois sorti de la voiture, je note deux vers sur un carnet :

      Je regarde les oiseaux par la fenêtre
      de la photographie.

       

      5 Mai 2024

    • Au défaut

      En 2010, je vivais au Japon. J’étais parti en résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto, à la suite de quoi avec Clémence nous avions prévu de nous installer à Tokyo. On trouverait bien un boulot — pas trop prenant tout de même car je venais de m’inscrire en thèse.
      En juin 2010, juste avant la fin de la résidence, je tombai sur un appel à contributions de Fabula. “La poésie au défaut des langues”, numéro placé sous l’égide de Mallarmé (sur qui j’avais fait mon M2). Je décidai de proposer un article — il fallait le rendre pour mars suivant. Je me souviens avoir lu Aspects de la théorie syntaxique, de Chomsky (qui me fournirait certains outils conceptuels dans cet article), sur un exemplaire emprunté à la bibliothèque de l’Institut français de Kyoto.
      Les semaines passent. Nous déménageons effectivement à Tokyo en juillet 2010. En revanche, trouver un boulot est beaucoup plus difficile que prévu, surtout pour Clémence qui (n’étant pas du tout prof) fait la prof de français dans une école pour Japonais retraités en attendant, mais qui s’emmerde ferme. En décembre, elle déménage à Shanghai pour une mission de quelques mois dans son vrai domaine.
      Resté seul à Tokyo, j’enseigne moi aussi le français dans les cafés puis la philo à l’Institut franco-japonais tout en peaufinant mon article pour Elseneur — que je dois rendre avant fin mars. J’essaie d’y prendre le contre-pied de Genette dans les Mimologiques, pour affirmer que le soi-disant cratylisme secondaire de Mallarmé couve tout autre chose et même “l’inverse du cratylisme” ; qu’en croyant rémunérer le défaut des langues Mallarmé s’attaquait en fait au défaut du langage, c’est-à-dire l’écart entre les structures de surface et les structures profondes… Bref !
      Un jeudi soir, après mon cours à l’Institut franco-japonais (et pour la première fois depuis qu’elle est partie trois mois plus tôt), je prends l’avion pour retrouver Clémence à Shanghai le temps d’un week-end. Mon article est presque fini — je me suis envoyé une copie par e-mail ou l’ai sauvé sur une clé usb, je ne sais plus — et je compte faire la dernière version à mon retour.
      Et là bon ben.
      Le vendredi 11 mars a lieu la catastrophe nucléaire de Fukushima. Comme donc je suis à Shanghai — sans téléphone (à l’époque il n’y a pas de smartphone et on ne téléphone pas de l’étranger !) et sans ordinateur (donc sans internet) — les premières heures, toute ma famille flippe, puis les choses se tassent, enfin pour ma pomme, parce qu’à Tokyo c’est la panique totale. Pendant plusieurs semaines le Japon retient son souffle, tout le pays s’arrête, on ne sait pas ce qui va arriver : est-ce que l’eau potable va être contaminée, par exemple ? Les vols vers Tokyo sont annulés.
      Mon week-end à Shanghai se transforme donc en une semaine (puis deux, puis trois…) et je n’ai aucune idée de la date à laquelle je pourrais retrouver mon ordinateur. Je me rends de cyber-café en cyber-café pour achever mon article sur “la poésie au défaut du langage” ; comme les claviers anglais/chinois ne comportent pas d’accents, je suis obligé de les copier-coller un à un. Le 21 mars j’envoie mon article à Anne Gourio. (Si j’avais connu alors le formidable livre de Guillaume Peureux j’aurais choisi un autre titre).
      L’article a été accepté. En 2013 il a été publié dans la version papier d’Elseneur 27, daté de 2012, puis il a été repris et modifié pour faire la première partie de mon essai Prise de vers (2019) et aujourd’hui, presque quinze ans après sa rédaction, il est numérisé et disponible sur open-edition (je viens de l’apprendre par Fabula). Il parle de Mallarmé et de Chomsky mais il a l’odeur de poussière des rues de Shanghai et j’y entends le bruit de la touche “coller” dans un cyber-café où j’ajoute un à un mes putains d’accents. Si vous lisez cet article, qui vaut ce qu’il vaut d’un point de vue théorique (c’est un travail de jeunesse !), regardez-les bien ces petits enfoirés d’accents, les graves les aigus et les circonflexes, chacun d’entre eux porte sur lui une ombre de Fukushima.
      4 Mai 2024

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