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Pierre Vinclair – l'atelier en ligne
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    • Le vrai du faux

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      Comme depuis plusieurs années, modestement (sans cursus, sans méthode, sans contradiction) mais tout de même (je cours dans les musées après les salles qui lui sont dédiées, je lis des études sur sa vie, son travail, je passe un certain temps face à tel ou tel tableau — et j’écris) je m’intéresse à Rembrandt, j’avais fini par croire que je connaissais un peu son œuvre. Du moins, que je pouvais considérer, sans trop mentir, être ému par plusieurs de ses toiles, et même, de presque savoir pourquoi. À tort ou à raison, sincèrement ou par intégration de jugements formulés ailleurs, je ressentais en les contemplant un plaisir que je décrirais double : d’un côté, une forme de complicité avec le peintre virtuose qui se joue de son commanditaire et nous fait facétieusement un clin d’œil à nous, tiers-spectateur ; d’un autre, une empathie pour la profondeur mélancolique qui perce mais où on ne l’attend pas : dans le violacé des peaux de vieilles, le crumble des mains défoncées par le temps, le tragique dans sa morsure sur la matière. Or, il m’a suffi de lire la petite planche introduisant à « l’Homme assis au bâton » pour être humilié dans ma prétention ridicule à « aimer Rembrandt ». Car ce n’est (disent les experts) pas un tableau de Rembrandt, et je sais d’emblée que je n’ai même pas besoin de le regarder en détail pour savoir que cette expertise ne m’est en aucun cas permise. Je ne peux évidemment pas distinguer une toile de Rembrandt de celle du premier continuateur venu : je ne reconnais pas les fautes, je passe à côté des facilités. Comment réciproquement, alors, pourrais-je croire que ce que je suis capable de dire de Rembrandt a le moindre rapport avec la grandeur qu’on lui prête ? D’ailleurs, le continuateur eût-il composé un tableau dénué des « grossières imperfections » que je ne vois pas (mais que pointent les experts), on n’attribuerait pourtant jamais à sa toile la même valeur qu’à un Rembrandt. Non simplement parce que le nom « Rembrandt » est une marque cotée, mais (car la question est justement : pourquoi cette marque a-t-elle la cote, plutôt que Duchmoll ?) parce que dans le rapport du maître au continuateur, l’un invente une manière de représenter le monde et l’autre ne fait que suivre. Ce que l’on valorise, c’est donc l’acte de création ; l’imitation, elle, serait de moindre intérêt. Pourtant, seul face à la toile achevée, pendant que je me prête à ce type d’expérience, mi-contemplative mi-écrivante, qui me fait croire un peu complaisamment que j’aime Rembrandt (ou Veronese ; mais pas leurs imitateurs), je n’ai nullement accès à cet aspect, la création, qui ne s’éprouve qu’en première personne (ou se reconstruit par l’histoire de l’art). L’expérience esthétique n’a jamais que des propriétés du tableau à se mettre sous la dent, et notamment ses propriétés formelles ; or celles-ci ne portent pas sur le front leur statut de création ou d’imitation. Aucune raison (pour un simple spectateur) de préférer en ce sens un Rembrandt signé Rembrandt à un simili-Rembrandt d’un continuateur — au contraire même, un nain serait bien placé pour améliorer la technique du géant sur les épaules duquel il a planté son chevalet.

      En me détournant de la toile du continuateur pour me promener, un peu écœuré, dans la National Gallery, la première chose que je me suis dite, c’était qu’il n’y avait en fait jamais « une clé unique » pour expliquer la valeur d’une œuvre. Il n’y a pas un mécanisme, un critère, une raison (comme « la réussite formelle » ou même « la création »), qui fait qu’une œuvre est considérée comme admirable. Ce n’est pas « le nombre d’or » et débrouillez-vous avec ça. Si l’on peut croire que c’est le cas — qu’il y a une clé expliquant la qualité exceptionnelle de l’œuvre, c’est seulement à la façon du « sourire de la Joconde », parce qu’il pointe une ambiguïté — c’est-à-dire déjà la superposition d’au moins deux logiques. Je dirais ainsi que nous (pauvres spectateurs) ne savons jamais à quoi tient la qualité d’une œuvre, mais que nous pouvons en revanche essayer de comprendre d’où nous vient cet effet de « qualité ». Il ne vient pas, je crois, des snobs qui disent naïvement (et d’un air affecté) « Rembrandt, c’est génial ! » ou « J’adooore ! », ils ne sont pas plus convaincants que les touristes scotchés à leur écran de téléphone. (Tous les jugements de valeur, tous les qualificatifs mélioratifs sont snobs, lorsqu’il importe de comprendre un pourquoi, et aussi superficiels que la sociologie de l’art qui bombe le torse avec son chétif comment). Il vient du fait que des gens qui sont à un certain étage de la pyramide institutionnelle (des choses de l’art) discutent : ils écrivent des bouquins, ils se commentent, ils se critiquent. En échangeant des arguments, ils construisent des visions différentes, font vivre une pluralité de logiques sur la même œuvre. Un continuateur est monodimensionnel. Mais Rembrandt a ses autoportraits et ses œuvres de commande ; c’est un peintre de cour et c’est un peintre introspectif ; c’est un disciple de Rubens et le premier des dissidents, etc. Son œuvre se déploie dans une multitude de directions qui, parce qu’elles semblent contradictoires, mobilisent une pluralité de spécialistes et les font parler. Comme ils font du bruit, cela fait de la publicité pour la marque « Rembrandt », que nous (pauvres spectateurs) entendons sans bien comprendre les tenants de cette montée en cote. Or ce bruit indistinct, en tant que tel, n’est pas qu’une baudruche sociale qu’il conviendrait de « déconstruire » : car ce n’est pas rien, de se prêter à une multitude d’approches. Avoir une œuvre qui fait le grand écart entre des irréconciliables. Habiter, faire vivre ne serait-ce qu’une contradiction. Aussi je crois, me dis-je en sortant du musée, qu’il faut bien garder cela en tête : on n’aime pas « Rembrandt », on n’est pas en état d’« aimer Rembrandt », si par « aimer » on veut dire avoir repéré une propriété objective dont on estime qu’elle produit en nous des effets objectifs. En revanche, il y a dans l’histoire de l’art, de temps en temps, des œuvres contradictoires ou qui apparaissent telles, c’est-à-dire qui se présentent comme le lieu d’une tension puissante, irrésoluble, irrésistible et qui donc (pour des raisons chaque fois différentes mais toujours en partie sensibles) nous amènent à penser — même si, comme avec cet « Homme assis » avec moi aujourd’hui, c’est penser à tout autre chose que ce qu’elles auraient sans doute désiré, elles.

      30 décembre 2023

    • Tératologie du rouge, 6

      Chapitres II à X

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      Accéder au sommaire

      Soudain, tout s’accélère. Les chapitres se succèdent sans opposer de véritables difficultés de lecture ; on peut même proposer pour chacun d’entre eux un rapide résumé :

      • chapitre II : Le frère de Géryon convainc celui-ci de se soumettre à des services sexuels contre rémunération
      • chapitre III : Le frère de Géryon harcèle celui-ci alors que la baby-sitter lui lit le Livre des fous
      • chapitre IV : Géryon « sculpte son autobiographie » sur une tomate
      • chapitre V : La mère de Géryon l’encourage à aller à l’école malgré sa peur
      • chapitre VI : Géryon apprend à écrire et commence à rédiger une autobiographie (qui reprend les éléments de la mythologie grecque le concernant)
      • chapitre VII : Géryon adolescent rencontre Héraclès qui lui apprend la générosité
      • chapitre VIII : La mère de Géryon questionne celui-ci sur ses relations avec Héraclès
      • chapitre IX : Géryon ne révèle pas à sa mère que ce qui l’unit à Héraclès est de l’amour
      • chapitre X : Géryon et Héraclès parlent de sexe

      Bien sûr, les chapitres ne se réduisent pas à leur contenu résumable. Dans chacun d’entre eux, il se passe quelque chose. En même temps que la description d’une vie ressemblant à celle d’adolescents à peu près normaux, et qui insiste sur des points (le fait que la mère fume des cigarettes, par exemple) qui répondent sans doute à d’autres enjeux (qu’ils soient autobiographiques ou relatifs à l’intrigue), le texte charrie régulièrement des incongruités remarquables. En voici quelques-unes, relevées dans ces neuf chapitres :

      Le mot chacun arriva sur lui dans un souffle et se dispersa dans le vent. Géryon avait
      toujours eu ce problème : un mot comme chacun,
      quand il le fixait des yeux, se désassemblait en lettres éparses avant de disparaître. (II, p. 38)

      Des bribes de mots effleurèrent le cerveau de Géryon comme de la cendre (III, p. 43)

      Sa voix fraîche flottait
      par-dessus un tas de torchons propres et traversait les ombres de la cuisine jusqu’à Géryon
      debout contre la porte-grille. (V, p. 49)

      Ils étaient deux anguilles supérieures
      au fond du bassin et ils se reconnurent comme se reconnaissent les italiques. (VI, p. 52)

      Les mots retombèrent derrière lui lorsqu’il fit claquer la porte en sortant (VIII, p. 55)

      L’instant de nature
      qui prenait forme entre eux aspirait des parois de sa vie jusqu’à la dernière goutte,
      et ne restait que des fantômes
      bruissant comme une vieille carte. Il n’avait rien à dire à personne (IX, p. 56)

      Certains aspects troubles de la question
      remontaient comme une langue brûlante chaque fissure de Géryon,
      il les étouffa tandis qu’un rire nerveux lui échappait. (X, p. 58)

      On voit bien ce que toutes ces expressions ont en commun, dans la forme et dans le contenu : elles se formulent dans des images brusques — inattendues, paradoxales — très souvent à propos du langage, ou plus précisément, d’une manière de vivre le langage physiquement. Bien sûr, Anne Carson nous indique sans doute ici quelque chose de son rapport à la poésie : un poème, c’est d’abord un fragment de langage dont la matérialité ne disparaît pas sans reste derrière la signification. En ce sens, l’histoire de Géryon est bien celle de la révélation à soi d’un poète — et l’on peut considérer qu’elle en effet une autobiographie d’Anne Carson. L’insistance sur les cigarettes de la mère, d’ailleurs, sonne vraiment comme un souvenir enfantin, vécu en première personne. Faut-il en conclure qu’Anne Carson s’est également fait violer par son frère, ou qu’elle sculptait sa vie sur des tomates ? Où commence l’autobiographique et où finit-elle ? Peu importe après tout : nous ne sommes résolument que d’un côté du livre, et si le livre fonctionne, il fonctionne tel qu’il est. Avec le trouble soulevé par cette incertitude, par exemple.

      Parmi les phrases que j’ai citées, celle du chapitre IX mérite sans doute un petit commentaire. C’est la seule en tout cas qui apparaît irréductible à la simple démonstration d’un rapport physique au langage : qu’est-ce que cet « instant de nature » ? En quoi une vie a-t-elle des « parois », sur lesquelles tombent des « gouttes » ? En quoi cet instant peut-il aspirer ces gouttes ? Que sont ces fantômes ? En voici le texte original :

      The instant of nature
      forming between them drained every drop from the walls of his life
      leaving behind just ghosts
      rustling like an old map. He had nothing to say to anyone.

      L’expression « l’instant de nature » est peut-être moins claire en français que « the instant of nature », qui semble décrire une forme d’harmonie entre les deux personnages. Quant aux murs, il faut y voir sans doute une symbolisation de ce qui se passe dans la maison au même moment, puisque « Il y avait eu une brusque averse pendant le dîner, / et maintenant le crépuscule faisait trembler les gouttes à la fenêtre. » lit-on un peu plus loin. La phrase saute ainsi d’image en image : l’instant de nature est comme le soleil qui sèche la pluie ; le dedans est pareil au dehors ; les murs une fois séchés laissent des traces qui ressemblent à des fantômes ; ces fantômes se froissent telles de vieilles cartes. La conclusion de cette concaténation d’images — « Il n’avait rien à dire à personne » — accuse la solitude du personnage, et nous permet peut-être au passage d’enrichir notre définition : la poésie, née d’un rapport physique au langage, est une fantasmagorie privée.

      26 octobre 2023

    • 5. Exergue et chapitre 1

      Après la multitude de petites sections (proème, fragments et annexes) lues dans les précédents épisodes, l’« Autobiographie du rouge » s’ouvre par un poème d’Emily Dickinson en exergue, dont voici la traduction proposée par Vanasy Khamhommala (qui a l’avantage de coller à la fois au rythme, au sens et à l’étrangeté de la syntaxe)  :

      Le volcan réticent protège
      Son plan toujours en veille —
      Ses projets lave il ne révèle
      À nul homme précaire.

      Si Nature ne raconte pas
      Le conte de Jéhovah ;
      Nature humaine survivra-t-elle
      Si nul n’y prête oreille ?

      Elles préviennent les babillards
      Ses lèvres cadenassées :
      Le seul secret que les gens gardent
      Est l’immortalité. (p. 35)

      Dans la troisième strophe, la recherche du rythme a peut-être poussé à des choix qui rendent la signification plus claire qu’elle n’est dans l’original, où la syntaxe crée un trouble :

      Admonished by her buckled lips
      Let every babbler be
      The only secret people keep
      Is Immortality.

      Ce qui se lit littéralement :

      Admonesté par ses lèvres bouclées
      Que chaque bavard soit
      Le seul secret que les gens gardent
      Est l’immortalité.

      Il faut lire une inversion dans les deux premiers vers : « Que chaque bavard soit / Admonesté par ses lèvres bouclées » ; mais à qui sont ces lèvres — c’est-à-dire, qui est « her » ? En anglais, les noms communs ne sont pas genrés : faut-il y voir « la poète » ? En réalité, Emily Dickinson a l’habitude d’avoir recours aux personnalisations, et il s’agit ici de la nature muette, puisque la deuxième strophe disait :

      If nature will not tell the tale
      Jehovah told to her
      Can human nature not survive
      Without a listener?

      Ce qui, littéralement, signifie :

      Si la nature ne raconte pas l’histoire
      Que Jéhovah lui a dite
      La nature humaine peut-elle ne pas survivre
      Sans un auditeur ?

      Les deux derniers vers de cette strophe sont un peu énigmatiques. Le volcan, comme la nature, gardent leurs secrets et ne révèlent pas leurs plans, c’est entendu. Quant à la nature humaine, le poème semble l’encourager à suivre cet exemple, et à ne pas dévoiler son secret : sans auditeur aussi, elle saura probablement survivre. Pourtant (c’est la troisième strophe qui en défend l’idée), les hommes ne peuvent s’empêcher d’être bavards. Sauf sur un point, où ils rejoignent la discrétion des volcans (et d’une nature qui tient ses secrets de Jéhovah) : l’immortalité. Mais quelle est l’immortalité en question ? Est-ce celle du paradis ? Pourrait-ce être celle de la postérité littéraire ? Voire un certain point où l’une et l’autre, pour Dickinson, puissent apparaître comme les deux faces de la même pièce ? Cela me semblerait d’autant plus probable que cela impliquerait, pour ce poème sur les rapports de la révélation et du secret, un art poétique : le poème avec son mystère, n’est-ce pas la chose humaine qui sait continuer à dissimuler son secret au moment où il l’expose ?

      Quoi qu’il en soit, réservons ce poème pour l’instant. Nous aurons l’occasion plus tard de comprendre la signification de sa mise en exergue.

      Le premier chapitre qui introduit le « roman en vers » (qui en compte 67) s’intitule « Justice ». Comme tous les suivants, il commence par une phrase courte (si courte qu’on ne saurait dire s’il s’agit ou non d’un vers), qui en donne un résumé : « Géryon apprit très jeune de son frère ce qu’était la justice ». Elle est suivie d’un trait horizontal, puis d’un récit composé d’une alternance de vers longs et de vers courts, arrangés de telle manière qu’on ne sache pas si le vers apparemment court n’est pas plutôt une sorte de rejet du vers long qu’il suit (formant à eux deux un verset). Parfois, une ligne fait une phrase ; parfois, ce sont deux lignes (un « verset ») et parfois le découpage syntaxique ne correspond pas du tout au découpage prosodique. On trouve ces trois cas dans l’extrait suivant :

      S’arrêter, imaginer la vie de chacune !
      Et voilà qu’elles traversaient les airs lancées par le bras d’un humain heureux,
      quel destin. Géryon se pressa.
      Arriva dans la cour d’école. Toute son attention était concentrée sur ses pieds et ses pas.
      Un flot d’enfant l’entourait
      et l’assaut rouge intolérable de l’herbe et partout l’odeur de l’herbe
      l’attiraient
      comme un puissant courant marin. […] (p. 35)

      Manifestement, Anne Carson cultive moins le vers ou la prose que l’indistinction et même, la plus grande indistinction possible, entre les deux.
      Le chapitre se concentre sur une anecdote elle-même relativement confuse, relative à l’autonomie de Géryon :

      Main dans la main le premier jour d’école
      Géryon avait franchi ce terrain étranger avec sa mère. Et puis son frère
      s’était chargé de cette tâche quotidienne.
      Mais quand septembre céda la place à octobre une intranquilliuté croissante agita le frère de Géryon.
      Géryon avait toujours été un crétin
      mais ces jours-ci quelque chose dans son regard mettait les gens mal à l’aise.
      Emmène-moi encore juste une fois cette fois j’y arriverai,
      Géryon disait. Ses yeux terribles trous. Crétin, le frère de Géryon dit
      en le plantant là.
      Géryon n’avait aucun doute crétin était le mot juste. Mais quand justice est rendue
      le monde s’effondre. (p. 36)

      Dans cette étrange fable, le délit n’est pas bien déterminé : « quelque chose dans son regard mettait les gens mal à l’aise ». Quant à la justice qui lave le délit, en quoi consiste-t-elle ? Dans le fait de proférer une insulte : « Crétin » (« stupid ») ? Sans doute pas, puisque « Géryon avait toujours été un crétin ». Alors le fait de donner « le mot juste » (« stupid was correct ») ? Et pourquoi le monde s’effondre-t-il alors ? On ne le sait pas : à la banalité du registre se mêle un ton elliptique et presque oraculaire, sybillin. Le poème d’Anne Carson plie l’antique sur le contemporain. La suite nous donne pas d’éléments plus clairs. Géryon cherche une carte (« map ») et trouve à la place un simple vide, un rien, une absence (« blank ») :

      Au lieu d’une carte du couloir de l’école il y avait un vide profond qui brillait.
      La colère de Géryon était totale.
      Le vide prit feu et brûla jusqu’au sol. Géryon détala.

      Que faut-il comprendre ici par « le vide prit feu » (« the blank caught fire ») ? La carte est-elle un symbole ? De quoi ? Quel rapport entre cette carte et l’insulte ? Quelque chose prend-il feu ? Pourquoi Géryon est-il en colère s’il reconnaît que justice a été rendu ? Si le texte ne répond pas à ces questions, c’est fort probablement à dessein, et il ne faut pas le forcer. En revanche, je remarque une insistance du mot « monde », à des endroits cruciaux. Nous avons déjà rencontré la première occurrence :

      Quand justice est rendue le monde s’effondre.

      Voici la deuxième :

      les premières neiges de l’hiver
      se déposaient doucement sur ses cils, couvrant les branches autour de lui et enveloppant de silence
      toute trace du monde.

      Ce premier chapitre, malgré toutes les questions qu’il pose, affirme au moins deux choses capitales. L’une est tragique (le monde disparaît) et l’autre (le monde s’effondre car la justice est rendue) proprement terrorisante.

      23 octobre 2023

    • Tératologie du rouge, 4

      4. Les annexes

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      sommaire du feuilleton

      Le paratexte n’en finit pas. Après le proème et les fragments, voilà qu’Anne Carson nous donne à lire trois « appendix », notés A, B et C.

      Le premier s’intitule « Testimonia / Sur la question de l’aveuglement de Stésichore par Hélène », événement dont il avait déjà été question dans le proème. Il est composé de trois citations, l’une de Suidas, l’autre d’Isocrate et la troisième de Platon. Ce sont des citations véritables, qu’Anne Carson traduit (contrairement à ce qu’elle avait fait avec les fragments dans la section précédente) au sens usuel du terme ; toutes affirment d’une part que Stésichore fut frappé de cécité après qu’il eut outragé Hélène, et d’autre part qu’une fois la vue retrouvée il composa sa « Palinodie ».

      L’Appendix B est justement « La Palinodie / de / Stésichore / par / Stésichore / (Fragment / 192 Poetae  /melici graeci) ». Une palinodie, comme la définition de Suidas l’indique, est un « contre-chant » qui consiste à « dire le contraire de ce que l’on a dit précédemment » (p. 25). Quels étaient les propos outrageants ? Dans le proème, on lisait « À Hélène de Troie […] s’attachait une tradition adjectivale de putasserie déjà ancienne lorsqu’Homère s’en saisit. Lorsque Stésichore dévérouilla l’épithète attachée à Hélène, il se déversa une telle lumière qu’il en fut peut-être ébloui un moment. » (p. 16). Le crime de Stésichore est donc de nature grammaticale : il a dévérouillé un adjectif. Quel épithète ? Peut-être celui qu’utilise souvent Homère, gunaïkôn, pour qualifier Hélène : « divine entre les femmes » ? Quoi qu’il en soit, Stésichore revient donc sur ses propos outrageants dans une palinodie, qui comprend ces vers vus en rêve et recueillis dans le Poetae Melici Graeci (une antologie de poésie grecque ancienne) :

      Non ce n’est pas la vraie histoire.
      Non tu ne montas jamais à bord des vaisseaux couverts de bancs.
      Non tu n’approchas jamais des murs de Troie. (p. 27)

      Il s’agit également d’une traduction exacte, de vers notamment cités par Platon ou Ovide.

      L’Appendix C (« Mise au point / quant à la question de / l’aveuglement de Stésichore / par Hélène ») est plus intéressant. Il ne s’agit pas d’un document brut, mais d’une série de 21 propositions, toutes structurées en alternative « Si X, soit Y, soit Z », selon une formule générative du type « Si X(n-1), soit Xn, soit Yn », par exemple :

      3. Si la cécité de Stésichore était un état temporaire, soit cet état avait une cause contingente, soit il n’en avait aucune.

      4. Si cet état avec une cause contingente, soit la cause était Hélène, soit la cause n’était pas Hélène. (p. 29)

      Cette parodie de démonstration (qui singe la logique des philosophes anciens) est parsemée de propositions plutôt comiques, du type :

      9. Si ce n’était pas un mensonge, soit nous faisons marche arrière et en continuant à raisonner ainsi nous reviendrons sans doute au début de la question de la cécité de Stésichore, soit nous n’y reviendrons pas. (p. 30)

      La pseudo-démonstration se termine ainsi :

      21. Si Stésichore était aveugle, soit nous mentirons, soit sinon non. (p. 31)

      Outre la formulation volontairement absurde — et qui rappelle le style de Gertrude Stein (« either we will lie or if not not ») lit-on dans l’original — qui donne à toute cette annexe l’allure d’une plaisanterie, il faut noter l’importance du thème du mensonge qui la parcourt du début à la fin. Stésichore ment-il ? Allons-nous mentir à notre tour ? Le texte se présente comme une espèce de paradoxe du menteur au carré : « Je mens peut-être sur celui qui ment peut-être », semble prévenir l’autrice — manière d’installer son texte profondément au cœur de la fiction ? À moins — les poètes sont des filous — que cette surexposition du thème de la fiction ne soit qu’une diversion, une manière de dissimuler autre chose. Elle fait l’effet qu’il y aurait à souligner que l’écrin est extraordinaire (paradoxal, baroque) — mais que protège-t-il donc, cet écrin ?

      Le cœur de son objet, ce sont les « débordements sexuels d’Hélène ». Hélène a-t-elle été ou non sujette à des « débordements sexuels » ? Stésichore a-t-il fait des remarques là-dessus ? Les garçons (même poètes) ont-ils le droit de se mêler des affaires sexuelles des filles ? Ces questions sont peut-être les véritables enjeux du texte. Mais nous n’y répondrons certainement pas en zonant dans les appendix ; il faut donc maintenant plonger dans la « romance » qui constitue le gros de l’Autobiographie du rouge. Avant de commencer, cependant, je voudrais poser ici une sorte de pense-bête sur la question du temps. Dans les premières sections du livre d’Anne Carson, en effet, tout semble contemporain — Hélène, Homère, Stésichore, Anne Carson elle-même. Logiquement, Hélène devrait précéder Homère d’au moins une génération (puisqu’il a composé l’Iliade dont elle est une héroïne), lui-même précédent Stésichore de deux siècles et Anne Carson de presque 3000 ans. Or, si Hélène rend Stésichore aveugle, cette représentation du temps est mise à mal.  D’ailleurs, Anne Carson écrit :

      15. Si nous passons voir Hélène, soit elle sera assise un verre de vermouth à la main et laissera sonner, soit elle viendra ouvrir.

      16. Si elle vient ouvrir, soit (comme on dit) nous en resterons là, soit nous mettrons Stésichore au pied du mur. (p. 30)

      Cette contemporanéité de tout est ici autorisée par une fantaisie logique (« si… »). J’y vois un dépassement intéressant de l’opposition entre la temporalité de l’épopée (mythique : tout est contemporain, mais ontologiquement séparé du temps de l’énonciation) et celle du roman (métaleptique : où tout est passé, mais dans un temps qui se déroule pourtant au fur et à mesure que le narrateur en parle).

      21 octobre 2023

    • Tératologie du rouge, 3

      3. Les fragments de Stésichore

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      sommaire du feuilleton

      La deuxième section du livre est intitulée « Viande rouge : Fragments de Stésichore ».

      Il n’est pas précisé que ces seize fragments sont traduits (ou adaptés). Ils sont présentés comme les fragments de Stésichore tels quels — j’ai déjà parlé de la manière dont Anne Carson pouvait s’identifier au poète grec dans l’épisode précédent. Du reste, ces fragments semblent si contemporains (quant à leur objet et non seulement quant à leur style) qu’on voit mal en quel sens ils pourraient même ressortir à la traduction. Voici le premier :

      I. Géryon

      Géryon était un monstre chez lui tout était rouge
      Sortait son groin des couvertures le matin il était rouge
      Si escarpé le paysage rouge où ses troupeaux frottaient
      Leurs entraves dans le vent rouge
      Géryon se blottissait dans le gelée aube rouge de son
      Rêve

      Le rêve de Géryon commença rouge puis se faufila hors de la cuve courut
      En haut de la voile brisa l’argent surgit d’un coup de ses racines comme un chiot

      Chiot secret Tout à l’avant d’un autre jour rouge

      Comme le rappelle Kristi Maxwell sur le site de la Poetry Foundation, le « groin » est une allusion au père de Géryon, parfois décrit comme un porc ailé, de même que ses « troupeaux » renvoient au cœur de l’anecdote mythologique : parmi ses douze travaux, Héraclès devait voler un troupeau (c’était le dixième), et ce fut celui de Géryon. Mais hormis ce squelette narratif, le reste du poème est indubitablement inventé davantage que traduit. Il n’est pourtant pas sans lien avec ce qu’a écrit Stésichore, et l’on peut s’appuyer pour le remarquer sur la proposition « En haut de la voile l’argent surgit d’un coup de ses racines » (« Upsail broke silver shot up through his roots like a pup ») qui rappelle le « root silver » mentionné par Anne Carson dans le proème pour exemplifier un usage inventif des adjectifs par Stésichore.

      Voici donc le fragment original :

      Γηρυονηΐς S7

      σχεδὸν ἀντιπέρας κλεινᾶς Ἐρυθείας
      <  _________________ > Ταρτησ-
      σοῦ ποταμοῦ παρὰ παγὰς ἀπείρονας ἀρ-
      γυρορίζους
      ἐν κευθμῶνι πέτρας.

      Et voici une traduction plus littérale, par Em Setzer (parue dans la revue Asymptote), dans laquelle on lit d’ailleurs en effet l’expression « root silver » :

      ] almost on the other side
      of famous Erytheia

      ________________________   nearby
      the river Tartessus, its un-
      known waters root silver

      in a hiding place rock [

      Ce qui en français donnerait quelque chose comme :

      ] presque de l’autre côté
      de la célèbre Érythie

      _________________________près
      du fleuve Tartessos, ses eaux
      argent racine inconnues

      dans une roche secrète [

      Le fragment cité provient de la Géographie de Strabon, et le terme grec rendu par « argent racine » est ἀργυρορίζους. Sofia Daniela Gil de Carvalho indique que « la référence aux ἀργυρορίζουϲ “racines d’argent” du fleuve peut renvoyer à la richesse minérale du lieu, qui était connue dans la Méditerranée orientale, d’abord aux Phéniciens et plus tard aux Grecs. »[1] Revenons maintenant à l’usage qu’en fait Anne Carson :

      Le rêve de Géryon commença rouge puis se faufila hors de la cuve courut
      En haut de la voile brisa l’argent surgit d’un coup de ses racines comme un chiot

      On le voit, l’expression « root silver » est éclatée, disséminée dans « [Geryon’s dream] broke silver shot up through his roots like a pup ». Manifestement, Anne Carson ne fait pas que « traduire », elle remplit aussi les trous et réécrit largement — voire écrit tout court, car la plus grande partie de ce fragment, en réalité, n’est pas dans l’original grec. Anne Carson récupère les fragments comme des bris de vitraux qu’elle remonte et intègre à des compositions qui sont ses poèmes à elle. (Je note par ailleurs qu’aucun autre adjectif cité dans le proème — « hollow hooved », « bruiseless », « as deep as the sun is high », « ordeal strong », « middle night stuck », « outside the joy », « cream black » — ne se retrouve ensuite dans sa version des fragments).

      Le plus flagrant, dans le premier d’entre eux (mais cela sera également le cas dans les suivants), c’est la répétition du mot « rouge » (7 occurrences sur 9 vers) pourtant absent du texte grec. Que cherche-t-elle à nous dire avec ce rouge (qui, manifestement, n’indique pas seulement la couleur des ailes de Géryon) ?

      Dans le troisième fragment, on lit :

      III. Les parents de Géryon

      Si tu t’obstines à porter ton masque à table pour dîner
      Alors Bonne nuit ils dirent et le forcèrent à monter
      Les escaliers hémorragiques jusqu’aux Bras chauds et secs
      Jusqu’au tic-tac du taxi rouge de l’incube
      Veux pas y aller veux rester En bas et lire

      Les « escaliers hémorragiques » et le « taxi rouge de l’incube » (l’incube est un démon abusant d’une femme pendant son sommeil) donnent une indication : le rouge est la couleur du sang et la couleur du viol nocturne.

      L’épopée antique prend les allures du roman familial bourgeois ; les parents de Géryon l’envoient se coucher, son chien bicéphale Orthros (né d’Échidna et de Typhon, frère de Cerbère) devient un chiot de compagnie, etc. Mais Anne Carson n’en reste pas à ce travail de « modernisation » : ce qui se présentait comme la biographie d’un monstre blessé (ce qu’était peu ou prou le poème de Stésichore) devient l’autobiographie du rouge. De la biographie à l’autobiographie, le texte gagne en « subjectivation » ; du monstre blessé au sang et du sang au rouge, il gagne deux fois en « abstraction ». Le dernier fragment de l’ensemble dit d’ailleurs quelque chose du même ordre, à sa manière :

      XVI. GERYON’S END

      The red world And corresponding red breezes
      Went on Geryon did not

      XVI. La Fin de Géryon

      Le monde rouge Et ses brises rouges
      Survécurent Pas Géryon (p. 23)

      Géryon — qui n’est qu’un individu — ne survit pas à la mort que lui inflige Héraclès, mais le rouge du monde, lui, est toujours là, et au-delà du destin singulier c’est de ce rouge universel qu’il s’agit de parler.

      Un autre fragment d’Anne Carson nous aidera à comprendre le sens de cette couleur, surtout si on le compare avec son original grec. Voici Autobiographie du rouge :

      XIV. HERAKLE’S ARROW

      Arrow means kill It parted Geryon’s skull like a comb Made
      The boy neck lean At an odd slow angle sideways as when a
      Poppy shames itself in a whip of Nude breeze

      XIV. La Flèche d’Héraclès

      La flèche veut tuer Elle fend le crâne de Géryon comme un peigne Tranche
      Net le cou du garçon De biais angle étrange et lent comme quand un
      Coquelicot rougit de honte fouetté par la brise Nue (p. 22)

      « Arrow means kill » pourrait aussi se traduire par « Flèche veut dire meurtre ». Voici le fragment original :

      Γηρυονηΐς S15 (col. ii)

           …]ων στυγε[ρ]οῦ
      θανάτοι]ο τέλος
      κ]εφ[αλ]ᾶι πέρι […] ἔχων, πεφορυγ]μένος
      αἵματ[ι ……]ι…[…] τε χολᾶι,
      ὀλεσάνορος αἰολοδε[ίρ]ου
      ὀδύναισιν Ὕδρας· σιγᾶι δ᾽ ὅ γ᾽ ἐπικλοπάδαν
      ἐνέρεισε μετώπωι·
      διὰ δ᾽ ἔσχισε σάρκα [καὶ] ὀ[στ]έα δαὶμονος
      ____ αἴσαι·
      διὰ δ᾽ ἀντικρὺ σχέθεν οἰ[σ]τὸς ἐπ᾽ ἀκροτάτον
      ____     κορυφάν,
      ἐμίαινε δ᾽ ἄρ᾽ αἵματι πορφ[υρέωι
      θώρακά τε καὶ βροτόεντ[α μέλεα
      ἀπέκλινε δ᾽ ἄρ᾽ αὐχένα Γαρ[υόνας
      ἐπικάρσιον, ὡς ὅκα μ[ά]κω[ν
      ἅτε καταισχύνοισ᾽ ἁπαλὸν [δέμας
      αἴψ᾽ ἀπὸ φύλλα βαλοίσα […

      Ce qui, si je suis la proposition d’Em Setzer et la traduit de l’anglais vers le français, donne quelque chose comme :

      ] haineux
      final de mort, crâne
      autour duquel ________tiennent
      pointes de flèches
      ________ tout taché
      de sang et de fiel
      douleur enfantée
      de l’Hydre
      homicide involontaire
      en col de cygne.

      En silence, voleuse
      pénétrant dans le front
      chair fendue
      ___ & os
      pour la décision de Dieu.

      Flèche droite tenue
      en couronnement
      ________________ tête
      taché de sang de plomb
      poitrine et membres bruts
      Géryon, son
      cou tombait
      comme un coquelicot
      qui fait honte à son corps tendre
      & laisse tomber tous ses pétales
      d’un coup ________ [

      Il y a un élément que l’on reconnaît, c’est le coquelicot : « Poppy shames itself » chez Anne Carson (« Coquelicot rougit de honte » dans la traduction française, qui ajoute donc du rouge au rouge). Il correspond aux vers « ἀπέκλινε δ᾽ ἄρ᾽ αὐχένα Γαρ[υόνας / ἐπικάρσιον, ὡς ὅκα μ[ά]κω[ν / ἅτε καταισχύνοισ᾽ ἁπαλὸν » dans l’original grec, et « son cou tombait / comme un coquelicot / qui fait honte à son corps tendre / & laisse tomber tous ses pétales / d’un coup » dans ma traduction en français de la traduction anglaise d’Em Setzer. Or, cette image n’est pas de Stésichore, qui l’a emprunté à Homère. On l’a retrouve (c’est le même mot qu’on traduit en français par « pavot » ou « coquelicot ») dans l’Iliade (VIII,306-308) :

      μήκων δ’ ὡς ἑτέρωσε κάρη βάλεν, ἥ τ’ ἐνὶ κήπῳ
καρπῷ
      βριθομένη νοτίῃσί τε εἰαρινῇσιν,
      ὣς ἑτέρωσ’ ἤμυσε κάρη πήληκι βαρυνθέν.

      Ce qui donne, dans la traduction de Jean-Baptiste Dugas-Montbel :

      Comme, dans un jardin, le pavot penche sa tête chargée de fruits et des rosées du printemps ; de même, ce jeune guerrier laisse sous le casque tomber son front appesanti.

      Bien sûr, identifier des sources n’est pas un travail suffisant, en tant que tel. Ce qui importe, c’est de voir ce qui est fait avec ces sources et même, ce qui leur est fait. Quelle opération Stésichore fait-il subir à la comparaison d’Homère ? Et que lui inflige à son tour Anne Carson ? Tout se joue, semble-t-il, sur la question de la honte, absente de l’extrait de l’Iliade et introduite par Stésichore : le coquelicot en penchant sa tête fait honte à son propre corps. Anne Carson travaille encore l’image, en déterritorialisant cette honte vers un contenu sexuel légèrement sado-masochiste : « as when a Poppy shames itself in a whip of Nude breeze », c’est-à-dire « comme quand un coquelicot se couvre de honte sous le fouet de la brise Nue ». L’image a alors radicalement changé de sens : la honte n’est pas ressentie par rapport à soi (à son propre corps), mais par rapport à autrui. Le rouge (celui du  coquelicot ; plus haut celui du viol nocturne) signe dans le poème d’Anne Carson l’empreinte douloureuse d’autrui (fût-ce la brise) sur notre propre corps : douleur de la blessure, honte et violence du désir.

      .

      .

      [1] Sofia Daniela Gil de Carvalho, Stesichoeran Journeys. Myth, Performance and Poetics, Universidad de Coimbra, 2017, p. 35-36. Je traduis.

      20 octobre 2023

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