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    • IMG_2942

      Nous avons peu d’idées
      sur les choses, mais
      beaucoup d’idées sur les idées.
      Comme si nous n’osions pas
      marcher sinon

      — sur un chemin —
      est-ce cela qu’on appelle
      les opinions ? me demandai-je
      au pas rythmé par le grumellement de la
      neige fraîche

      — sur le chemin —
      (qu’aucun animal aujourd’hui
      homo sapiens, zôon logikon ou
      autre n’avait foulé) de la combe Barathoux
      vers le Mont d’Or.

      Alors qu’un pas signale une forme
      taille, marque de chaussures
      par rapport auxquelles on, etc. la neige
      est blanche n’est-ce
      pas une raison pour se taire.

      7 janvier 2024

    • Un poème

      IMG_2815

      Quatre ans après, m’est venue la même idée, en descendant de Primrose Hill à Regent’s Park : les devantures proprettes, les vendeurs de café, la petite librairie où l’on ne trouve que de bons livres (c’est là que vécurent W. B. Yeats, Sylvia Plath) puis les pelouses tondues, désertes, les bambous nonchalants, les oies dégingandées. Il a bien fallu faire venir ces pierres, les dresser ; ces plantes, les faire pousser. Donc ailleurs, creuser des carrières ; fabriquer du papier ; remplacer des forêts primaires par des rangées de caféiers ; fouetter des esclaves. La ville fait croire qu’elle est un paysage, mais tel un tapis c’est plutôt un ensemble de nœuds : au revers de la figure harmonieuse, les fils continuent de grouiller dans les banlieues, les campagnes et les colonies. Combien coûte de chaos à la globalité l’entretien continu d’un tel ordre urbain miniature ? L’étonnant, c’est que les touristes n’en profitent pas du tout ; ils préfèrent dans Londres se ruer partout ailleurs que dans ces rues trop propres et ces allées trop calmes, qui transpirent le début du XXe siècle. Nous connaissons ce qu’ils détestent : ici, on se sent dans un livre. Les choses y composent un angoissant poème. Ils donneraient tout pour pouvoir continuer à consommer, hurler, rire et vomir dans les brouillons.

      3 janvier 2024

    • Crouch End

      Puis le gros vent qui, ayant déjà rabattu une multitude noueuse de branches poilues partout sur la chaussée suppurante, écorche la couche des nuages. De larges masses grises qui s’effilochent, se courent les unes après les autres, libèrent une bande de bleu immédiatement traversée par un avion comique (ici, échouant à formuler ce que j’ai sur le bout de la langue, je feuillette Life & Times of Michael K. où j’ai rencontré ce midi au Spaniards Inn le verbe anglais dont le mot que je cherche était la traduction proposée par Wordreference : « Michael held on to a rail and embraced his mother to keep her from lurching ») titubant dans sa montée en flèche. Et au-dessus de Crouch End où les lampadaires allumés assurent pour nous, devant les maisons de poupées en brique, de minuscules cocons de lumière blafarde où scintille encore une vague bruine, les figures d’une immense composition de couleurs brouillonnes que le ciel jette à la hâte dans le désordre, comme avant sa liquidation au clap de nuit brutale. (Pas de photo.)

      2 janvier 2024

    • La barque

      IMG_2789

      Le trop connu, que tu n’avais pas regardé : La Vague
      de Hokusai ne représente pas
      un petit Mont Fuji sous la menace
      d’une vague immense effet de perspective, mais
      trois grêles barques : jamais tu
      n’avais vu ces bateaux lovés dans les plis sous
      les doigts crochus d’écume —
      ce n’était pourtant pas un secret pour initiés, juste un détail
      que seuls repèrent ceux qui errent dans
      l’océan des surfaces.

      Or à la réflexion je me demande
      si je ne m’étais pas déjà fait la remarque
      voilà quinze ans quand je débarquai au Japon
      (sans enfants et les cheveux longs) et comme si
      la véritable face du tragique dans l’image
      de ces barques brinquebalées qui ressurgissent
      et disparaissent ne pouvait
      être tenue par la pensée consciente, la révélation avait été
      ravalée (oubliée, présente et refoulée, étouffée)
      par l’inconscient des profondeurs.

      Et cela signifie que nous n’apprenons rien,
      que nous pourrions vivre et revivre
      les mêmes expériences et faire — à chaque fois — les mêmes
      découvertes en ressentant la même stupéfaction —
      à chaque fois — et l’impression qu’une vérité
      nous a été non pas cachée mais rendue invisible
      parce qu’elle se trouvait sous notre nez :
      le motif du tapis
      de l’existence dans lequel
      nous nous prenons souvent les pieds.

      Comme on ne prendrait chaque nouvel an la même
      résolution (essayant de
      saisir le motif de l’année passée,
      domestiquer celle qui vient) qu’on ne tiendrait jamais
      que pour recommencer l’année suivante —
      chaque nouvel an offrant l’inutile
      recul de s’extraire du drame (prendre la place
      du peintre ayant posé son chevalet sur le rivage stable)
      avant de retourner dans notre frêle embarcation
      chahutée par la houle.

      À moins que Hokusai fût aussi sur
      une barque — quatrième barque — lorsqu’il peignit
      imaginant depuis sa nausée même
      la perspective
      depuis laquelle nous apparaissent
      d’abord la vague ensuite la montagne
      enfin nos frères et sœurs dans la tourmente,
      personnages invisibles mais principaux —
      lui-même hors-cadre — car la beauté apparaît seule
      et le tragique — et il n’y a rien — que l’océan.

      1 janvier 2024

    • La honte

      IMG_2761

      La rencontre avec
      un regard
      dans un portrait
      _______ destiné au peintre
      _______ dont le peintre a la charge impossible
      (comme le traducteur d’un chef-d’œuvre)
      _______ de rendre
      _______ _______ conserver
      ______________ _______ faire durer la vie
      _______ à l’aide de pigments mélangés à de l’huile
      _______ appliqués sur une toile par un pinceau en poils de porc.

      Le portrait réussi le regard est vivant
      le modèle nous regarde :
      nous sommes l’objet.

      Nous savons ressentir en face
      du portrait réussi la honte.

      31 décembre 2023

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