J’écoute pour me divertir de la station
d’épuration un speech en podcast de Snyder
sur la liberté comme un trousseau de pouvoirs
garanti par l’État à l’être vulnérable
et non le simple fait de n’être pas contraint —
contre l’idéologie « libérale », en somme ;
il en déduit l’absurdité à opposer
individu et société ; pourtant face au soleil
rasant, sur le sentier dont le givre craquelle
à chaque foulée, seul, je sens qu’outre le corps
fragile et la tribu qui le soutient, existe
une phrase qui perce au bord — et la question
reste béante des rapports du politique
à ce poème — émancipé — de l’eau à l’aube.
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On Freedom
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L’esprit de Noël
Dans la campagne (encerclant York comme un premier
intervalle incertain de décompensation
autour du centre-ville insolent de chaleur,
matérialisant miraculeusement
le rêve de confort d’une classe acceptant
l’univers hors les murs à feu et à sang, contre
le cosmos fortifié d’une cité ancienne —
le chaos est la rançon de la cathédrale,
carillonnant comme une folle à mon retour
de footing, où je croise un tas d’Anglais parfaits,
femme le carré blond, homme à tête de Ted
Hughes) plate, humide et grise, où les « pas canadiens »
empêchant les troupeaux de sortir de leur champ
dessinent sur le sol un beau double-sonnet,les pylônes déploient leurs toiles électriques
comme des araignées résignées ; tristement,
on ne croise au matin que des propriétaires
de chien et des coureurs, parfois en train d’écrire
sur leur portable (honte !) en même temps qu’ils courent.
Au bord de l’eau, créant un contraste méchant
sur l’herbe vert fluo grisée par la rosée,
une toile de tente au rouge Santa Claus.
Un seul pauvre, l’unique infortunée du monde
ne suffit-elle pas à rendre insupportable
la joie du joyeux qui cuve un vin de Noël —
et réclame que râle la voix irritante
irritée (tel mon nez, au moment où je longe
une station d’épuration) d’une critique ?
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Anarchy in the UK
Dans le vent de l’accent scouse, des cheveux blonds
tout lisses, remués par les chaises volantes
de la fête foraine où nous vaguons — larguant
sur le bronze des quatre garçons dans le vent
leur fiente terroriste, les mouettes rieuses
pleurent au-dessus de Liverpool et pleuraient
déjà quand les bateaux partaient au matin vers
l’Ile de Man, l’Irlande du Nord, la Norvège,
l’Amérique. Le soir, le rock’n roll malade
des guitares s’échappe à chaque coin de rue
de pubs de brique sombre éclairée au néon
pour recouvrir leur cri goguenard d’albatros
minable et au réveil je les entends, je cours
les rejoindre le long de la Mersey River.
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Terreur au jardin
Je lis Age of Revolutions à Primrose Hill
(où Yeats et Plath ont habité) ; l’air est chargé
de sueur distillée comme un spiritueux,
badigeonnée par les coureurs sur les bandeaux
brumeux — rêvant à quoi ? Policer la pensée
au nom de la vertu, plutôt que la laisser,
je divague, essayer toutes les positions
dans le jardin anglais hérissé de pluie qu’est
l’esprit, c’est la terreur. La « terreur » des poètes
révolutionnant une tradition
(qu’il faut contester pour la vivre) vaut plutôt
réincarnation — le chêne qui domine
la butte largue, année après année, ses branches
(vous n’en tirerez pas même un échafaud) mortes.
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À paraître, Birdsong
J’ai la très, très grande joie d’annoncer que Birdsong (mi-essai mi-poème, méditation sur les oiseaux en même temps que poésie livrée avec son making-of) paraîtra, accompagné des images du photographe coréen Min Byung-Hun avec lesquelles il dialogue, le 6 février 2026 dans la merveilleuse collection « De Natura Rerum » des éditions Klincksieck.
— 4ème de couverture —
Ce livre est né d’un paradoxe fécond : comment écrire sur les oiseaux sans rien savoir d’eux, ou presque ? Du jour au lendemain, Pierre Vinclair se met à enquêter au fil de poèmes-minute sur ce que les oiseaux nous font, sur la manière dont ils déplacent nos idées en nuées, frôlent nos matins, habitent un monde où leur présence s’efface. Guidé par une curiosité impressionniste, Pierre Vinclair ne s’approche jamais trop près, s’émerveille que l’on entende d’abord leur chant avant de les voir ou de vouloir les nommer.
Les photographies de l’artiste coréen Byung-Hun Min, dans la contemplation desquelles s’est élaboré cet essai qui est d’abord une rêverie, viennent scander le texte comme des pointillés noir et blanc.
