Alors que Le corridor bleu a imprimé un second tirage de notre Kojiki, voici le compte-rendu de Matthieu Gosztola dans les Cahiers Critiques de Poésie. Merci à lui !
Le Kojiki est un ensemble de légendes disséminées dans le Japon ancien. L’empereur Temmu en commanda la compilation orale, puis il fut offert à l’impératrice Gemmei, après rédaction, en 712. « De même qu’Orphée, lorsqu’il se retourne vers Eurydice, […] rompt le pouvoir du chant, trahit le rite et oublie la règle, de même il faut qu’à un certain moment l’écrivain trahisse », face à « Eurydice qu’il veut voir et non plus chanter », affirme Blanchot. Pour voir Eurydice, Vinclair s’attache, se coupant du littéral, à moduler librement et précisément un rythme qui ouvre sur le vertige de l’intemporel, usant pour plus de vision du pouvoir d’évocation des noms qu’il traduit systématiquement. Le lecteur se trouve durablement saisi par ces histoires qui défilent devant lui dans la souplesse d’une peinture maniée au couteau, non sèche : « Ainsi le prince Lumière fut-il condamné aux eaux brûlantes de Commençant. ».
Matthieu Gosztola