Pierre Vinclair – l'atelier en ligne
  • À propos
  • Textes en ligne
  • Livres publiés
  • Vidéo & audio
  • Sur mon travail
  • Revue Catastrophes
  • Contact
  • English

    • Suite ménines, 1

      Je voudrais faire comme si Les Ménines était un « palais de la mémoire », c’est-à-dire un lieu imaginaire dans les différentes sections duquel je pourrais placer des événements-composés* à conserver. Les dix portraits de Velazquez (représentant onze personnages, dont le couple royal à travers son reflet dans un miroir) pourraient ainsi tenir lieu d’autant de (mes) souvenirs, qui s’y rapporteraient par certaines relations (métonymiques plus qu’allégoriques ; pas nécessairement explicites ; pas nécessairement les mêmes d’une fois sur l’autre).

      * J’écris « événements-composés » car il s’agit aussi de faire advenir quelque chose qui n’est pas déjà-là en moi, ou qui l’est dans un état complètement virtuel avant le passage en forme de l’écriture.

      J’imagine plusieurs rapports : terme à terme (un portrait : un souvenir) mais aussi tout à tout (cette séquence : la toile tout entière), avec des connections qui pourraient là aussi jouer dans plusieurs sens, certains n’étant pas prévisibles ou déductibles (c’est-à-dire jouant sur la contingence d’événements hasardeux réels : le rôle qu’eut, dans ma vie d’étudiant, le commentaire qu’en fit Foucault dans Les Mots et les choses), d’autres étant plus évidents — j’imagine par exemple qu’il pourrait y avoir une correspondance entre l’ordre d’importance de chacun des personnages dans la toile, et l’ordre d’importance des événements rapportés. Avec des ambiguïtés délectables, évidemment : le roi et la reine, scintillant à peine à la surface d’un miroir ; le peintre excentré en partie caché par sa toile ; et même le chambellan dans le halo d’une porte entrouverte… sont-ils des personnages secondaires, ou au contraire, n’est-ce pas d’une sorte de mystère sacré que leur moindre visibilité les nimbe ? Les voici au complet :

      • La jeune infante Marguerite-Thérèse, au centre
      • Deux demoiselles d’honneur ou ménines (une de chaque côté)
      • À droite, une dame dite « naine »
      • Un enfant dit « italien »
      • Derrière la ménine de gauche, le peintre
      • Derrière la ménine de droite, une gouvernante
      • Derrière la « naine », un garde du corps
      • Le chambellan tout au fond
      • Entre le peintre et le chambellan, sur le mur du fond, le miroir où se reflète le couple royal
      • Au tout premier plan à droite, un chien

      Certaines des associations me semblent évidentes — je sais d’emblée quoi faire du chien, ou du couple royal — mais je me demande aussi s’il ne vaudrait pas mieux piéger ces évidences. J’ai l’impression de pouvoir confronter cette toile comme une espèce d’énigme que quelqu’un (ou que mon inconscient) m’aurait tendue. C’est dans cette optique que je vais aller tout à l’heure au musée du Prado : je vais regarder les Ménines comme si l’on y avait chiffré (en dix portraits de onze personnages, et une structure d’ensemble) à mon intention une vérité dont j’avais mis quatre décennies à me rendre compte qu’elle s’y trouvait, et qu’elle m’y attendait.

      21 octobre 2025

    • Débordement de ménines

      Le troisième volume de la tétralogie [Encadrements] (dont l’Éducation géographique était le premier volet, et Les Œuvres liquides le deuxième) sera un « livre des événements ». Il devrait s’appeler Débordements. S’y croiseront, en plus de « l’Amour du Rhône » qui continuera de couler (ou de goutter !), des séquences sur des événements « publics » (comme la révolution française) et d’autres sur des événements « privés » (autobiographiques). En plus de ces trois ingrédients (le fleuve, l’histoire et la mémoire), l’ensemble sera traversé par une réflexion sur la peinture, une altérité à laquelle confronter l’art du poème.

      Dans ce cadre, je me demande comment faire d’un tableau à la composition complexe (et à l’interprétation disputée), exemplairement Les Ménines de Velazquez (j’ai d’autres raisons de choisir cette œuvre précisément, mais peu importe), un modèle structural (un poème en onze parties ? avec à chaque fois un « portrait en… » — en peintre, en nain, en suivante, en princesse, en chien… en couple royal dans le miroir ?), qui serait en même temps une réflexion sur l’autobiographie, sur le poème, et surtout (c’est cela qui m’intéresse ici), sur le rapport de l’auteur à l’institution, sur ce que le pouvoir fait à l’art ou à la manière dont l’art tourne autour du pouvoir.

      Je me dis que cet espace — ce journal, ce blog — pourrait recueillir et orienter les tâtonnements inévitables d’un projet si peu évident, comme il l’a fait pour les « Échafaudages RF » qui a bon an mal an fini par donner lieu à « Rond-point de l’Europe » (un poème de 600 vers, destiné à trouver sa place dans lesdits Débordements) puis « La révolution en Amérique », suite de 7 sonnets d’ailleurs publiée hier sur AOC. Puisse ce feuilleton Ménines commencer donc, un de ces quatre.

      19 octobre 2025

    • Chant rêvé, 4

      [NB : Je poursuis tout doucement la traduction des 77 Dream Songs de John Berryman, le poème précédent était ici.]

      .

      Remplissant délicieux & compact son corps
      de poulet paprika, elle me jeta un regard
      deux fois.
      Crevant d’intérêt, j’avais la dalle aussi,
      seules les présences de son mari & quatre autres personnes
      me gardèrent de jaillir sur elle

      ou de tomber à ses petits pieds en pleurnichant :
      « Vous êtes dans la nuit des années la plus bonne
      dont aient pu jouir les yeux
      ahuris d’Henry, oh Brillance. » J’ai continué
      (au désespoir) mon spumone. — Monsieur Bones : « L’est plein,
      le monde, de filles en touain de manger ! »[1]

      — Cheveux bruns, allure latina, les yeux bijoux
      baissés… Le plouc à côté d’elle ___s’en fout plein la panse. Sur quelles merveilles
      est-elle assise, là-bas ?
      Tout le restaurant s’excite. Elle pourrait être sur Mars, aussi bien.
      Quand est-ce que tout a mal tourné ? Il faudrait une loi contre Henry.
      — Mr Bones : « Y en a une ».

      .

      [1] « is stuffed, de world, wif feeding girls. » Mr Bones est un personnage du Minstrel Show

      17 octobre 2025

    • Comment reconnaître une couille quand on en voit une ?

      On peut lire en ligne ma dernière chronique pour les Temps qui restent, dont voici la présentation : « À partir d’une réflexion sur l’indiscernabilité préoccupante, dans la poésie moderne, entre le trait d’esprit et la coquille, Pierre Vinclair se penche sur l’attitude que le poème demande à son lecteur. Que faut-il interpréter ? Comment s’y prendre ? Dans quelle mesure les croche-pattes qui entravent la bonne livraison du sens imposent-ils au lecteur une forme d’orthogonalité ? La démonstration s’appuie sur deux coquilles repérées par des lecteurs dans les poèmes de l’auteur lui-même. »

      [Illustration : Escher]

      15 octobre 2025

    • Marigot 56

      Retrouver la page des « Marigots »

      In print, the sermon is called ‘Deaths Duell’, though Donne never titled his sermons: nothing came before the biblical quotation that gave each one its subject and its structure.

      Ai-je lu dans Suppose a Sentence, un remarquable essai dans lequel Brian Dillon glose, l’une après l’autre, des phrases individuelles. Ou faut-il dire, phrase en réponse à des individus ? J’avais d’abord extrait ce livre, acheté printemps dernier à Londres, en compromis du dimanche soir et du lundi matin : je commencerai demain la rédaction d’un dossier de candidature en « philosophie de la littérature » (illuminât-elle) dont l’objet serait une recherche sur la « pensée en forme » (existât-elle). Toute phrase prend forme ; aucune ne se ressemble ; toutes sont des phrases. Celle de Brian Dillon se traduirait ainsi : « Imprimé, le sermon s’appelle “Duel de la mort’’, quoiqu’en réalité Donne n’intitulât jamais ses sermons : rien ne venait avant la citation biblique qui donnait à chacun son sujet et sa structure. » Dans Suppose a Sentence, ici non plus, il n’y avait rien — avant la citation. Ou faut-il dire, la Bible prit la place de Dieu, du rebondissement seulement vient la littérature ?

      .

      12 octobre 2025

    Page Précédente Page Suivante

    Propulsé par WordPress.com.

     

    Chargement des commentaires…
     

      • S'abonner Abonné
        • Pierre Vinclair - l'atelier en ligne
        • Rejoignez 239 autres abonnés
        • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
        • Pierre Vinclair - l'atelier en ligne
        • S'abonner Abonné
        • S’inscrire
        • Connexion
        • Signaler ce contenu
        • Voir le site dans le Lecteur
        • Gérer les abonnements
        • Réduire cette barre