Après la lecture de l’Humeur révolutionnaire de Robert Darnton (ma recension est à paraître dans le numéro d’avril de Critique), j’ai l’impression que si l’ode peut être un point d’arrivée, elle ne peut pas être le point de départ de mon poème : je verrais plutôt quelque chose comme la transformation d’une chanson en ode homologue, dans l’ordre de la poésie, à l’accession du sujet au rang de citoyen dans l’ordre social. De là, on peut imaginer un premier vers :
La révolution commence en chanson
Mais ce vers pose problème, d’un point de vue rythmique. Même si ce qui vient derrière est, comme je l’espère, un long poème à la fois narratif et méditatif, il n’empêche qu’on ne peut me semble-t-il pas partir sur une affirmation si contre-performative : car ce rythme en 5-5, il ne chante vraiment pas ! Lorsque je m’en suis rendu compte, j’ai essayé de tripatouiller la métrique, repartir d’un décasyllabe plus régulier en 4-6, chercher des trucs qui « font » chanson, sans trop de souci de ce qu’elles racontent (par exemple, je vais chercher « décapitation » dans le grand magasin du lexique révolutionnaire, comme un costume d’époque de soldat dont je n’interroge pas la signification des galons posés sur l’épaulette), du style :
Cela commence avecque des chansons
________ avecque des chansons
cela finit en décapitation
________ avecque des chansons
Je sais aussi que ce n’est pas par des bidouillages métriques, que je m’en sortirai : il faut que dans le premier vers souffle un sens qui en anime le squelette syllabique, pas le contraire. La forme n’est qu’un bac à glaçon, et il me manque visiblement encore le robinet ouvert de l’eau.
En attendant de le trouver je dresse un poème à partir de notes glanées lors de mon dernier passage au Louvre :
Sur un tableau de Fragonard
Elle n’est pas en train de lire, manche jaune
dépassant d’une robe se mêlant au fond,
nous opposant ses joues bien roses, le regard
dosant ce qu’il faut d’élégant et d’érotique,
le négatif écrit sur sa gorge et son front
creusant dans le tableau l’arbitraire des lignes
te défendant de voir plus près la fantaisie,
________ les craquelures (se recule-t-on,
elle s’agite bien) : un « non » venu du Siècle
des Lumières, le temps écartant les pigments,
pour que tout ne continue pas sur sa lancée
d’orgueil, de perfection glacée sur l’injustice
(aucun tableau sur la Révolution, au Louvre)
________ jouissant à répudier l’esprit tragique.
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