
Certains livres sont des symphonies ; d’autres relèvent plutôt de la musique de chambre. La Forme du reste (qui paraîtra aux formidables éditions Lurlure le 29 novembre) commence comme une série d’études, dont l’objet serait : le plus insignifiant des jours. Comment dresser nos expériences quelconques et disparates dans des poèmes, si possible intéressants ? La matière quotidienne est proposée à un poème de sept distiques qui dans son armature la coupe, la travaille, la déplace et la noue.
Or la vie ordinaire – ses allers-retours répétitifs, ses paysages banals, ses menus propos – répugne à la littérature. Comme le poème essaie de l’amadouer, une lutte s’enclenche. La forme alterne, le charme et la brutalité. Mais tout dans l’existence rechigne. Trouver « la forme du reste » est l’enjeu de cette lutte. Au fil de l’année, le drame devient de plus en plus aigu, jusqu’à littéralement imploser au milieu du livre.
La Forme du reste est un livre braqué sur ce qu’on oublie des jours, et en même temps, une sorte d’odyssée formelle. L’écriture et la vie (la vraie vie, d’étoffe rugueuse) y sont les deux personnages d’un drame dérisoire et fondamental, et une tentative de répondre à la question : si l’écriture aide à penser le sens de nos vies, saurait-elle ne pas mettre de côté l’ordinaire ? Peut-on en écrivant, trouver l’intéressant du banal – et habiter pleinement, aussi quelconque soit-elle, notre existence ?

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