过华清宫绝句: 三 首
杜牧
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(3)
万国笙歌醉太平,
倚天楼殿月分明。
云中乱拍禄山舞,
风过重峦下笑声。
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Quatrains du palais Huaqing : 3 poèmes
Du Mu (traduction PV)
(3)
Le pays tout entier chante et trinque à la grande paix,
Sur les tours et le palais céleste la lune brille.
Désordre au milieu des nuages, An Lushan danse —
Le vent souffle. Des lourdes montagnes dévale un rire.
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Commentaire
Ce quatrain présente le dénouement de la fable présentée dans les deux premiers (voir ici) : An Lushan envahit le palais (où l’empereur et sa concubine ne songeaient qu’à se divertir). Le poème présente un double système de contrastes : entre les deux distiques (le premier présentant la légèreté de la paix, le second le chaos de la révolte), mais aussi à l’intérieur du deuxième distique, puisque la joie des chants du vers 1 revient sous la forme monstrueuse du rire qui dévale la pente, poussé par le vent, au vers 4 (ma syntaxe un peu contre-intuitive tient à la volonté de suivre la dramaturgie du chinois). S’agit-il du rire inconséquent de la concubine, dont la légèreté serait irrépressible même au fond du chaos ? Ou du rire cruel et sadique d’An Lushan ? L’économie — magique — du poème chinois autorise de ne pas sortir de l’ambiguïté : le dernier vers reste fondamentalement indécidable, de sorte que ce que j’ai appelé les contrastes finissent par s’unifier dans cette seule expression à double-face, sur laquelle se clôt le poème : 笑声 (xiaosheng) — littéralement « le son du rire ». J’y entends aussi (je crois que tout bon poème — pas seulement les poèmes chinois — est allégorique de lui-même) le ricanement du poète espiègle fier de son coup !
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