感遇其一
張九齡
孤鴻海上來,池潢不敢顧。
側見雙翠鳥,巢在三珠樹。
矯矯珍木巔,得無金丸懼?
美服患人指,高明逼神惡。
今我遊冥冥,弋者何所慕!
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Première pensée
Zhang Jiuling (678-740)
L’oie sauvage vient de la mer
et dédaigne lacs et étangs.
Elle voit deux martin-pêcheurs
nichant dans un arbre-aux-trois-perles.
Trésors de la cime boisée,
ne craignez-vous les frondes d’or ?
Belle robe est montrée du doigt ;
qui brille trop aigrit les dieux.
Je vague dans le ciel profond ;
où me mireraient les chasseurs ?
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Commentaire
Ce poème, qui ouvre certaines éditions de l’anthologie classique des 300 poèmes Tang, est le premier d’une série de quatre, sobrement intitulés « première pensée », puis « deuxième pensée », etc. Comme dans le poème précédent de Li Bai (que j’ai traduit en alexandrins) chaque vers est composé de cinq caractères, mais il m’a semblé que la légèreté de l’octosyllabe rendait bien son allure de fable, dont la morale transparente est aussi sans doute un art poétique : mieux vaut la liberté (de l’oie sur les mers ; mais aussi du poète sauvage), que la beauté (des martin-pêcheurs qui attirent les chasseurs ; mais aussi du poème de cour). J’ai donc privilégié des mots contenant peu de syllabes.
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