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Pierre Vinclair – l'atelier en ligne
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    • Cristazains 61-73 (best of)

      Les « cristazains » continuent sur Instagram. Voici un petit best-of des treize derniers…

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      64. Tapisserie de l’Apocalypse

      Aujourd’hui, nous pensons : « Nec caput nec
      pedes
      » ! Peinant à saisir les séquences :
      c’est comme un film d’art et d’essai avec
      de bizarres raccords. La laine agence
      des récits saturés de références
      au Livre ou au Réel (langues de feu r
      ouge et de houle accueillant la clameur
      de la deuxième trompette et l’orage).
      Les lissiers jouent de l’ange et de la fleur :
      la double référence absout l’image.

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      65. Citizen Kane

      Croyant à son destin américain
      musclé de propagande, un ingénu
      rate sa vie (le début, c’est la fin).
      Les témoins qui auront subi la nu
      llité de son pouvoir reconstituent
      une existence au mot définitif
      irréductible soi-disant, motif
      in extremis brûlant à l’attention
      de l’œil plongeant, perspicace, ou naïf
      dans le piège dressé par la fiction.

      .

      69. Football. Album

      Deux supporters lèvent leur toast et trinquent ;
      la poésie peut-elle avoir l’empire
      d’un sport collectif ? Lisant “Rensenbrink”,
      je pense un peu aux fulgurantes spires
      du ballon vers les buts, mais à Shakespeare
      énormément : ce par quoi l’on rugit
      de plaisir fou, c’est la dramaturgie,
      tout coup de sifflet levant un rideau
      sur l’émotion que la mythologie
      du ballon rond roule dans le rondeau.

      .

      71. Jour de ressac

      Dans la littérature, un dire double
      ce qu’il faudrait montrer mais j’ai la flemme :
      « Il y a du tâtonnement, du trouble
      et du désir », lisais-je au moment même
      où j’ai pensé : ce livre a un problème,
      il n’est mû par aucun désir. La phrase,
      dominée par l’autrice qui l’écrase,
      cherche certes des positions baroques
      en rat de l’opéra aux formes rases,
      mais ne rêve ni ne rêve provoque.

      .

      72. MT

      « Men together… » et chaque phrase insiste :
      « Men together… » : le texte de Lucy
      Ellmann qui dresse, accablante, la liste
      des méfaits masculins, s’achève ainsi :
      « if all this doesn’t smack of conspiracy,
      what would?
      » D’où vient mon inconfort ?
      De l’abandon final d’un Less is more
      dont j’admirais la facture à la Steve
      Reich (variations au drum de l’anaphore)
      ou de mon sexe à la race nocive ?

      .

      73. Écritures

      Il les regarde écrire son journal –
      fourmis, pinsons, papillons sous le bleu
      qu’a dégagé au ciel transcendantal
      le souvenir ensoleillé d’un dieu
      discret, chrétien et envolé – le vieux
      poète œuvrant à rejouer la suite
      des êtres pour en conjurer la fuite,
      au jardin clos (tantôt d’Eden, tantôt
      du Luxembourg) dans les cent soixante-huit
      syllabes d’un sonnet, Robert Marteau.

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      .

      24 juin 2026

    • Point d’étape

      Hier, j’ai mis un point final aux Débordements, le troisième tome de ma tétralogie [Encadrements]. Comme le précédent, j’ai mis à peu près trois ans à composer ce volume. Après les personnes et les lieux, c’est un « livre des événements » ; mais contrairement aux deux premiers volumes, où l’exploration était plutôt « extensive » et « horizontale » (beaucoup de lieux dans l’Education géographique ; beaucoup de personnes dans Les Œuvres liquides), la manière de procéder de Débordements est « intensive » et « verticale » et, surtout, « dialogique » : car non seulement y est majoritairement questionné, exploré, chanté, un seul événement, paradigmatique — la Révolution française (il fait l’objet de cinq séquences sur les vingt-cinq) — mais bizarrement, la « notion » (je n’ose pas dire le « concept ») d’événement y est construite et pensée grâce à une enquête sur la peinture, et plus précisément, sur la peinture telle qu’elle se donne à voir dans les musées. Comme si on pouvait observer là une sorte de « dialectique pure » de l’événement : les toiles se faisant tantôt archives de leur époque (voire de l’histoire globale) et tantôt sujets d’une nouvelle histoire (« l’histoire de l’art », avec ses révolutions propres).

      Ce qui m’étonne et me réjouit le plus, au moment d’en finir avec un livre, c’est de remarquer à quel point il a impliqué de mettre au point ce que l’on pourrait appeler une « méthode d’écriture », même si ce n’est pas vraiment une « méthode » : elle n’est pas destinée à valoir dans l’absolu, elle ne s’imite pas elle-même, elle n’est pas une marche à suivre. Mais tout de même : chaque volume de la tétralogie, du fait de son objet, a impliqué des stratégies dont je n’avais pas idée a priori, pour arpenter des territoires dont j’ignorais la géographie. Dans l’Education géographique, il y a eu cette manière de me servir d’œuvres poétiques comme guides pour des paysages avec lesquelles elles n’avaient pourtant aucun rapport (« Olds à Penang », « Du Fu en Australie », « Ch’Vavar à Hollywood »). Dans Les Œuvres liquides, les portraits de la série « ∞ Complices » m’ont fait mettre au point la méthode dite du faux-plafond qui consiste à apposer une couche de sens superficiel à un texte essentiellement composé de private jokes. De Débordements, outre les questionnements sur la Révolution française — comment écrire sur un événement aussi monstrueux ? Que veut dire « écrire sur » un événement ? — qui ont abouti à une proposition d’ode, je retiendrai la cachette des « marigots » : dans une prose de mille signes qui semble se déployer comme le commentaire d’un tableau, laisser en fait s’épanouir les éléments d’une introspection qui ne parviendrait pas à se dire sinon. Pour dire vrai, ce n’est pas simplement comme si chaque marigot était une feuille blanche où je faisais semblant de reproduire le tableau que j’ai devant moi, pour en réalité laisser libre cours à la phrase clandestine d’un paysage intérieur ; c’est plutôt que je laisse le tableau, tout simplement, me psychanalyser !

      Que va-t-il se passer maintenant ? Au seuil de me lancer dans le quatrième et dernier volume de cette tétralogie, je n’en sais encore rien. Vais-je arriver à saisir un objet aussi fuyant que celui que je me suis donné a priori : les « structures » ? Même si dans les livres précédents, « l’objet » valait moins comme franc thème que comme horizon orientant la recherche, y aura-t-il seulement quelque chose à chercher de ce côté ? Ou plutôt — car je sais qu’il y aura quelque chose à chercher, Le Mot juste (qui devrait paraître à l’automne aux PUF) le démontre — quel poème saura l’appréhender ? De quelles formes vais-je pouvoir disposer, que va-t-il falloir bricoler pour le révéler ? Où vais-je me perdre ? Allez, je mets chaussettes et pantalon de randonnée à la machine, je vais chercher des habits propres dans l’armoire et je repars à l’aventure. Trop bien !

      17 juin 2026

    • Agenda

      • Le 30 mai paraît aux éditions Épousées par l’écorce LA DÉCIZE avec la PEINTURE À L’EAU DU RHÔNE de Jérémy Cheval. La Décize, comme l’indique son nom emprunté au parler lyonnais, et Peinture à l’eau du Rhône forment une descente du fleuve. Elle s’effectue ici sur l’embarcation de l’aquarelle et du poème, en séquences formellement distinctes. Capitaines espiègles mais rigoureux, tirant leur carburant de l’observation d’activités humaines de toutes sortes, Pierre Vinclair et Jérémy Cheval nous invitent à méditer autant sur les centrales hydrauliques qui jalonnent le parcours que sur des paysages plus ouvertement bucoliques.
        Ainsi cet ouvrage double offre-t-il un chant fluvial traversé par les courants troublants de notre ère anthropocène.
      • Le 3 juin à 17h00, je participerai au colloque international « Poésie et poétique de la carte postale » à Sorbonne Université (17 rue de la Sorbonne, amphi Guizot)
      • Le 6 juin à partir de 19h00, je lirai Birdsong avec l’ami saxophoniste Matthieu Donarier au Carré de Baudoin
      • Le 7 juin à 13h, je dédicacerai Vision composée. 20 poèmes d’Emily Dickinson traduits et commentés au Stand Exopotamie du Marché de la poésie, place Saint-Sulpice
      • Le 7 juin à 14h, je participerai avec Martin Rueff et Gaëlle Théval à une table ronde modérée par Dider Cahen sur les rapports de l’IA à la poésie, sur la scène du Marché de la poésie
      • Le 7 juin à 16h, je dédicacerai La Décize au stand 423 du Marché de la poésie
      • Le 7 juin à 17h, je dédicacerai La Poésie française de Singapour au stand Æthalidès du Marché de la poésie
      • Enfin, le 7 juin à 18h, je serai au stand Le Corridor bleu

      21 Mai 2026

    • Luc, Philippe & Emily

      Trois publications assez différentes cette semaine :

      • « Penser en forme », un grand entretien avec Luc Champagneur autour de mon travail, dans la revue Europe de mai
      • « Week-end au Havre », un long poème en dix dizains (où l’on rencontre le maire au bord de l’eau) sur AOC
      • Un retour sur mon expérience de « traduction embarquée » d’Emily Dickinson, dans D-Fiction

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      2 Mai 2026

    • Revue de presse

      Trois nouvelles critique de Birdsong, récemment paru cher Klincksieck :

      • La critique de Lanwenn Huon dans Le Monde des livres
      • La critique de Ludovic Tournès sur Les Haleurs
      • La critique de Tristan Hordé sur Sitaudis

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      11 avril 2026

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